Aujourd'hui, c'était ma dernière journée de lycée. Mon dernier cours de ma vie, c'était un cours d'anglais. Je me suis barrée de la salle, aucune émotion. Ma mère est venue me chercher, j'ai passé l'après-midi à scanner tous les cours d'histoire-géo de l'année (c'est beaucoup)(oui je m'y prends très tard, pour les révisions). Et après, j'ai pris une douche, et il était temps d'aller au théâtre.
L'effervescence des maquillages. J'ai poussé le mien à un point un peu plus folichon puisque c'était la dernière et je me suis fait des sourcils dorés à paillettes (et à l'heure où je vous parle j'ai encore des paillettes partout sur la tronche (ça ne part, comment dire, pas))(j'en ai foutu sur le t-shirt de la prof quand elle m'a fait un câlin en disant que j'allai beaucoup lui manquer). Puis on est allé fumer une dernière clope, et on s'est entassé dans les coulisses pour écouter les mots du Maître (monsieur Baba, mon vénéré prof de théâtre). Et la pièce a commencé pour la dernière fois.
Je me suis sentie plus Gratiano que jamais.
J'ai accomplit un vieux rêve que j'avais, j'ai monté les marches de l'amphi pour aller dans le public. Danser en criant "Felicita !" dans un escalier purement casse-gueule, ça n'a pas de prix.
Et puis la pièce s'est déroulée. Et on est arrivé à la dernière scène. Puis à la dernière réplique. La mienne (steuplait, je termine la pièce (sauf si on compte l'épilogue)). Quand je me suis rendue compte que c'était la dernière fois que je la faisais, je n'ai eu aucun mal à chuchoter la fin de la réplique, la voix un peu tremblée. Et quand je suis sortie de scène j'avais un mélange de joie immense parce que on avait tous été merveilleux et de tristesse infinie parce que plus jamais je ne serai Gratiano.
Et puis, le salut, les gars.
J'ai retenu mes larmes un moment, quand même. Et puis Madame B m'a donné une rose, et je me suis dit "oh putain, c'est la dernière fois qu'on t'offre une rose sur cette scène.". J'ai encore retenu mes larmes mais ça devenait très très dur. Puis j'ai vu monsieur Baba, seul, à peu près, et je me suis dit "bon merde tu le reverras peut-être jamais, vas lui dire merci". J'ai dû dire environ "Merci Monsieur". Avant de fondre en larmes. Et de lui dire que je le remerciai vraiment parce qu'il avait changé ma vie. Il a rit, il a dit "à ce point ?" puis il m'a tapé la bise et il m'a fait un câlin. Je crois qu'à partir de ce moment là, j'ai pas trop trop réussi à arrêter mes larmes.
Ils vont me manquer, ces imbéciles du théâtre. C'était merveilleux de jouer avec eux. ça va me manquer de ne plus passer mes samedi dans l'amphi à plus ou moins dormir sur une table. Et faire partie du club théâtre du lycée va me manquer. Même les technicos qui se plantaient dans les lumières et qui lançaient les musiques pas au bon moment vont me manquer (non mais ils ont quand même fait un boulot monstrueux et assez génial).
Mais surtout monsieur Baba.
Monsieur Baba qui m'a fait devenir moi.
Monsieur Baba qui n'en saura jamais rien.
Monsieur Baba qui a été la cause des moments les plus merveilleux que j'ai passé dans ce foutu lycée.
Monsieur Baba qui m'a rendue gratianesque.
Cet homme. Je l'admire tellement. J'aurai voulu encore pouvoir parler avec lui.
Mais je lui ai dis merci, au moins. Même si un "merci" ne sera jamais assez.
Bon c'est pas tout, demain je m'en vais voir mon amoureux aux cheveux longs, ce qui implique que je me lève bien trop tôt pour quelqu'un qui vient de jouer pour la dernière fois.

